-Interview: Max Cavalera



Max Cavalera
Interviewed by Ring Magazine
In 2004
Language: French



Max Cavalera est l'un des fondateurs du mythique groupe thrash-metal brŽsilien Sepultura. En 1997, aprs avoir quittŽ le groupe, il fonde Soulfly, pour expŽrimenter la fusion world music / heavy metal. Un groupe dont il demeure le seul membre permanent. Celui que certains nomment " le Bob Marley du metal " vit aujourd'hui ˆ PhÏnix, en Arizona. Ë l'occasion de la prochaine sortie de " Prophecy ", quatrime album de Soulfly, il reoit Mika‘l Faujour, critique rock ˆ Ring magazine, dans une piaule d'h™tel, place de la RŽpublique.

Ring Magazine: Qu'y a-t-il de neuf dans ce nouvel album de Soulfly ?
Max Cavalera: Pour moi, " Prophecy " a quelque chose de spŽcial. Quelque chose de... mystique. Et puis, l'album a un gros son ! (rires)

Ring Magazine: Vous parlez d'une influence " mystique " sur cet album. Ce qui frappe, justement, sur cet album comme sur les prŽcŽdents, c'est que les paroles abordent des sujets bibliques, affirmant mme une influence rastafarienne. Que signifie la religion, ou le rastafarisme, dans votre vie ?
Max Cavalera: Je ne dis pas vraiment " religion " ; je dirais plut™t que c'est " spirituel ". Une part de moi est spirituelle Ñ et je chante ˆ propos de cela, et je n'ai pas peur de dire aux fans que je suis comme a et c'est ce en quoi je crois. Et puis d'un autre c™tŽ, je continue ˆ faire des trucs comme je l'ai toujours fait. Comme Born Again Anarchist, o l'assume pleinement mon background punk, et qui est compltement ˆ l'opposŽ d'une chanson comme I Believe.

Ring Magazine: Musicalement, vous combinez des genres supposŽs opposŽs, le metal avec le reggae, le dub...
Max Cavalera: Je pense que c'est bon pour Soulfly. Si vous enleviez tout a, si vous retiriez tout ce son ambiant, Žtrange, Soulfly ne serait qu'un groupe " heavy " de plus. Il y a dŽjˆ beaucoup de groupes " heavy " et je ne voulais pas n'en tre qu'un de plus.

Ring Magazine: On remarque que vos paroles Žvoquent ˆ la fois, d'un c™tŽ la rage et la violence, et de l'autre, la foi. Sur un prŽcŽdent album, vous chantiez " Faith is a weapon " [" La foi est une arme ", NDR]. La foi est-elle, pour vous, un moyen pour survivre et faire face ˆ la rŽalitŽ ?
Max Cavalera: C'est une bonne chose que vous me posiez la question, car certaines personnes n'ont pas bien compris que la foi n'est pas une arme, au sens o l'entendent les chantres de la guerre sainte, qui utilisent la religion comme excuse pour assassiner. Ce qui est compltement ˆ l'opposŽ de ce que je fais. J'utilise la spiritualitŽ, la foi, en tant qu'arme, pour la lutte quotidienne. Tout comme la musique est une arme. Pour moi, en fait, la musique et la foi sont mlŽes.

Ring Magazine: En fait, la violence dans vos textes peut aussi avoir un sens symbolique.
Max Cavalera: Tout ˆ fait. Comme Nailbomb [groupe auquel a participŽ Max Cavalera ; Nailbomb signifie " bombe ˆ clous ", NDR *]. Ce n'est pas de la musique terroriste. On ne soutient pas l'IRA, ou quoi que ce soit ! On utilise ce terme comme image de notre musique. La musique de Nailbomb Žtait si brutale, si puissante, que la premire image qui nous soit venue ˆ moi et Alex [Newport, l'autre membre du duo, NDR] en faisant cette musique, ce fut " Nailbomb " : quelque chose qui explose et balance des clous dans tous les sens. Mais ce n'est qu'une image.

Ring Magazine: Avez-vous constatŽ, en AmŽrique, un changement, ces deux dernires annŽes : une restriction des libertŽs individuelles, par exemple, ou de la crŽation artistique ?
Max Cavalera: Non. Vous tes toujours autorisŽ ˆ vous exprimer, ˆ exprimer vos opinions. Par exemple, dans mon dernier album [" III ", paru en 2002, NDR], il y avait une minute de silence [il s'agit du titre 9.11.01, NDR]... ce qui pourrait tre peru de faons trs diffŽrentes. Mais personne n'est venu me voir pour me dire : " Tu n'es pas censŽ faire a. " Je m'exprime comme je l'entends, quoi.

Ring Magazine: Vous faites partie de la scne metal depuis maintenant deux dŽcennies. Selon vous, qu'est-ce qui a changŽ en 20 ans, autant dans la musique, que dans l'industrie musicale ?
Max Cavalera: Dans la musique, je trouve que les choses ont beaucoup changŽ, bien sžr. On est passŽ du thrash ˆ un mŽlange de genres... Le nŽo-metal est arrivŽ : le hardcore a fusionnŽ avec le metal. C'est ce qu'ont fait bien des groupes Ñ par exemple System Of A Down et compagnie. Je pense que Sepultura a grandement contribuŽ ˆ cette Žvolution musicale, cette fusion des genres. Ë l'Žpoque de Sepultura, c'Žtait trs rare. Concernant l'industrie musicale, je dirais qu'Internet est certainement le plus grand changement. Et cela change encore avec le tŽlŽchargement. C'est difficile de prŽdire comment cela va Žvoluer. Mais je pense que cela ne touche pas tant les petits groupes, mais plut™t les groupes qui ne peuvent survivre que sur les ventes d'albums et les concerts. Pourquoi la musique devrait-elle tre gratuite alors mme qu'il faut payer pour en faire ? L'essentiel est lˆ. Ce que ne comprennent pas les gens en agissant de la sorte, c'est qu'ils font plus de mal qu'ils n'aident. Ils ne le comprennent tout simplement pas.

Ring Magazine: En France, et dans une bonne partie de l'Europe, les disques cožtent plus de 20 dollars, ce qui est cher. Copier un album peut permettre de dŽcouvrir, et ensuite, on peut aller acheter d'autres albums, puis aller aux concerts...
Max Cavalera: Ouais, pour dŽcouvrir un nouveau groupe, ce n'est pas grave. Mais quand tu as un groupe qui joue depuis un moment... si tout le monde chope leur son gratuitement, le groupe ne pourra plus enregistrer. Donc a craint ! Il faut voir comment cela Žvolue. Notre dernier album a beaucoup souffert de a, parce que beaucoup de gens connaissaient l'album, mais la moitiŽ ne l'avait pas achetŽ. La moitiŽ l'avait eu gratuitement. C'est dingue, tout de mme.